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L’affaire François Compaoré de A à Z : Les hommes qui ont torpillé les dossiers judiciaires

L’affaire François Compaoré est une succession de dénis de justice. Depuis le dossier David Ouédraogo, cette affaire révélée par l’intrépide confrère Norbert Zongo, tout a été mis en œuvre pour garantir au petit président une impunité totale. Dans toute la chaine judiciaire, des hommes veillaient au grain pour éviter à François Compaoré de mauvaises surprises. Retour sur quelques péripéties de cette scabreuse affaire.

Norbert Zongo a été un véritable poil à gratter dans cette affaire François Compaoré. Celle-ci démarre par le meurtre au Conseil de l’Entente de David Ouédraogo. Le journaliste a vent de l’affaire et révèle dans chacune des parutions de son journal l’Indépendant cette sordide affaire. Il montre surtout que le Conseil de l’Entente, zone d’emprise de la présidence du Faso, cette institution centrale de la république, est une zone grise. François Compaoré, le petit frère du président Blaise Compaoré, dont la résidence se situe dans le périmètre, soupçonne son chauffeur d’être mêlé à un vol de numéraires appartenant à son épouse. Au lieu de porter plainte auprès des instances compétentes, il choisit de se rendre justice. Il remet son chauffeur à Marcel Kafando, chef de la garde rapprochée de son président de frère. Le malheureux sera torturé à mort. Et voilà donc l’affaire dont s’est emparé le journaliste. L’opinion publique s’émeut de ses chroniques publiées tous les mardis. François Compaoré voyant que l’affaire est en train d’enfler, entreprend alors de se prémunir de garanties légales. Il s’ouvre à Djibrill Bassolé, alors chef d’Etat-major de la gendarmerie nationale. Ce dernier lui conseille de formuler une plainte pour vol, ce que fait immédiatement François.

Le tournant judiciaire

Le journaliste teigneux ne lâche pas cette affaire qui continue d’alimenter son canard. Mieux, il pousse le petit frère de David, cameraman à la télévision nationale à porter plainte. Mais le procureur de l’époque, Dramane Yaméogo refuse d’ouvrir une information judiciaire. Profitant d’un congé du procureur, les avocats des ayants droit de David relancent leur requête auprès de la justice. Le substitut Kambiré, assurant l’intérim du chef accepte d’enrôler l’affaire. A son retour de congé, Dramane Yaméogo tance copieusement « l’imprudent » substitut et réussit même à obtenir sa tête. C’est Jérôme Traoré, alors président du TGI qui dessaisira Kambiré du dossier. L’affaire est confiée à la juge Jacqueline Kaboré que l’on croit plus coopérative. En réalité, celle-ci se montre plus audacieuse. Elle inculpe François Compaoré pour complicité de meurtre et recel de cadavre. C’est la panique au palais de justice. Dans la précipitation, elle est à son tour dessaisie et les charges contre François Compaoré annulées.
La procédure est reprise à zéro avec l’entrée en scène d’un nouveau juge instructeur. Le choix de ce juge ne répond pas aux seuls critères professionnels. Il a l’avantage d’avoir un passé militaire. Ancien enfant de troupe, on le croit plus apte à composer, parce que féru de la discipline militaire. Mais ce dernier se montre encore plus pointilleux. Le juge Armand Ouédraogo, c’est de lui qu’il s’agit, découvre au fil de l’instruction que l’enquête préliminaire diligentée par les hommes de Bassolé est un tissu de mensonges et de tricheries. La plainte introduite par François Compaoré sous les conseils de Bassolé a été antidatée pour servir la cause. Deuxième chose, le prétendu procès-verbal d’audition de David Ouédraogo est un faux. Ce dernier n’a jamais été entendu par la gendarmerie. Les prétendues signatures de David Ouédraogo qui figurent tant sur le carnet d’audition que sur le PV sont des faux. L’adjudant de gendarmerie Siemdé Abdoulaye qui avait en charge l’affaire, avait imité la signature de David. Confondu, Siemdé avoue son forfait et fond en larmes. L’enquête dès lors prend un tour inquiétant pour ceux qui sont à la manœuvre pour sauver le « soldat » François Compaoré. Le juge Armand Ouédraogo est lui aussi prié de clôturer le dossier. Mais il refuse et appelle au secours le syndicat. Malgré tout la chambre criminelle présidée alors par le juge Frank Compaoré prend une réquisition qui le dessaisit. Qu’à cela ne tienne, la supercherie a été découverte : le procès-verbal d’audition est un faux. Le procès David Ouédraogo s’ouvre en août 2000 avec l’inculpation de coups mortels, blessures volontaires et séquestration contre Marcel Kafando et ses hommes. François Compaoré et son épouse sont épargnés, ils comparaitront à titre de témoins. Le dossier du faux procès-verbal a été sciemment dissocié malgré les liens de connexité qui le rattachent à l’affaire jugée. La charge explosive de ce dossier en est probablement la raison. Il fallait à tout prix garder François Compaoré hors de cause. Le faux procès-verbal aurait révélé son implication dans la chaine des faux (plainte anti datée, fausse audition, fausses signatures etc…). C’était bien le but de la manœuvre.
En rappel, les principaux acteurs judiciaires qui ont trafiqué le dossier David Ouédraogo pour assurer l’impunité à François Compaoré sont les magistrats Dramane Yaméogo, Jérôme Traoré, Frank Compaoré d’une part, les auxiliaires de justice que sont les gendarmes Feu Siemdé et Kontogomdé d’autre part. En ce qui concerne les acteurs non judiciaires, Djibrill Bassolé aura joué un rôle particulièrement actif dans la conception de la stratégie de sauvetage du petit président. Il s’est particulièrement impliqué dans l’enquête préliminaire de gendarmerie, notamment dans la fabrication des alibis et a aussi pesé en faveur du dessaisissement du dossier des mains du juge instructeur Armand Ouédraogo.

L’affaire Norbert Zongo et l’odyssée des juges acquis

Sept ans d’instruction qui se terminent en queue de poisson. Pourtant le juge d’instruction Wenceslas Ilboudo, en charge du dossier Norbert Zongo, qui nous a entendu plusieurs fois dans le cadre de ce dossier nous avait confié son intime conviction : « Ce sont les éléments de la garde présidentielle et notamment ceux désignés par la Commission d’enquête indépendante qui ont perpétré l’assassinat de Norbert Zongo. Pourquoi ne les avoir pas tous inculpé ? Simple stratégie d’instruction affirmait-il. Au cours de sa longue instruction, il disait avoir entendu des témoignages édifiants, mais les témoins rechignaient à déposer sur procès-verbal, par peur de la répression. A un certain moment, face à nos remarques d’impatience, il donnait l’impression que l’enquête était entrée dans une phase décisive. Marcel Kafando aurait reconnu dit-il la main des militaires dans cette affaire mais avec la précision que derrière les militaires, il y a des civils. Quand l’intime conviction se fonde sur des sources aussi décisives, il ne peut être question de non-lieu. Que s’est-il passé pour que le juge Wenceslas se dégonfle aussi lamentablement ? A voir comment les procureurs Sagnon Adama et Barry Abdoulaye ont exulté ce 18 juillet 2006 à l’annonce du non-lieu, on comprend vite que c’était une décision ardemment souhaitée. L’argument-alibi à la base de la décision est extrêmement ténu. Racine Yaméogo dont le témoignage avait été à la base de l’inculpation de Marcel Kafando était soit disant revenu sur ses déclarations. Or ce dernier a dit qu’avec le temps, il ne peut plus être formel sur la date de la rencontre avec Marcel Kafando. On a préféré sauter sur cette dernière déclaration, oubliant les deux autres où Racine rejetait les alibis de Marcel. Preuve supplémentaire que le non-lieu était convenu, il aura permis à Wenceslas Ilboudo de conclure que « même les suspects sérieux désignés par la commission d’enquête indépendante ont été tous couverts par les témoignages de leurs proches ». Propos spécieux s’il en est, qui suffisent tout de même à leur auteur pour classer le dossier. La suite revient aux procureurs Sagnon Adama et Barry Abdoulaye qui se sont arrogés seuls l’initiative de l’action. C’est eux qui décideront désormais de l’opportunité de rouvrir le dossier. Dans la même foulée, ils se sont aussi érigés en gardiens du Temple, empêchant désormais quiconque de communiquer sur ce dossier. Depuis lors, on peut citer à leur actif quelques hauts faits : de nouvelles pièces ont été communiquées à nos procureurs par RSF. Elles ont été balayées d’un revers de la main. Pour des hommes de bonne foi, ces pièces auraient pu permettre d’ouvrir de nouvelles pistes. Ensuite, les témoignages de Moïse Ouédraogo, petit frère de David (devenu entre-temps protégé de François Compaoré) publiés dans L’Evénement N°107 du 10 janvier 2007 qui replacent François Compaoré dans la piste des commanditaires de l’assassinat du journaliste. Egalement balayés par les deux procureurs. Et ils préviennent : seuls des tests ADN ou encore des témoins oculaires de l’assassinat du journaliste peuvent être admis comme preuves nouvelles ! C’est le comble de la mauvaise foi.
Récapitulons. Dans la chaine judiciaire, les plus grands fossoyeurs du dossier Norbert Zongo demeurent incontestablement le tandem-Sagnon Adama-Abdoulaye Barry. Autre torpille : le juge Georges Sanou, dernier rempart judiciaire. C’est lui qui en appel a anéanti l’ultime espoir de voir le dossier Norbert Zongo remis à flot. Enfin, au sommet de cette pyramide, il y a le Garde des Sceaux, Boureima Badini. Le grand manitou de la galaxie des « juges acquis ». L’expression est d’ailleurs de lui. Il avait juré dans nos colonnes de veiller à la promotion de ses inconditionnels. Il a tenu parole jusqu’à son remplacement par Zakaria Koté. Dans les deux affaires David Ouédraogo et Norbert Zongo, des juges ont décidé de s’asseoir sur leur conscience. Ils étaient loin de penser à un retournement de l’histoire. Par intérêt ou par peur, ils ont accompagné les puissants du moment, foulant au pied le serment de rendre justice en toute impartialité. A défaut de s’effacer, ces derniers devraient faire profil bas. Simple question de décence.

Source:Par Germain Bitiou NAMA de l’Evènement du 7 décembre 2017

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