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Burkina Faso: Les espoirs déçus de l’après-Compaoré

Lors du soulèvement burkinabé ayant mené à la chute de Blaise Compaoré en 2014, un schisme était apparu entre les forces de changement « historiques », au premier rang desquelles les syndicats, et les organisations dites « champignons » qui émergèrent alors. L’effet d’une cassure générationnelle, mais aussi de divergences stratégiques et idéologiques. Qui demeurent sur fond de déception.

Au volant de sa voiture, une citadine sans prétention, M. Augustin Loada, habituellement peu volubile, se transforme en moulin à paroles. Une manière comme une autre d’exprimer son désarroi. « Si je devais monter une organisation aujourd’hui, je l’appellerais Tout ça pour ça.assène-t-il, en se frayant un chemin dans les rues congestionnées de la capitale du Burkina Faso. Quelque chose était né après l’insurrection de 2014 qui aboutit à la chute du président Blaise Compaoré. Le pouvoir est en train de le tuer. C’est désolant. »

Professeur de droit et de science politique à l’université Ouaga-II (Ouagadougou), M. Loada a fondé il y a dix-sept ans le Centre pour la gouvernance démocratique (CGD). Lors des journées des 30 et 31 octobre 2014, il fut au cœur des négociations qui conduisirent à la fuite de M. Compaoré dans un hélicoptère de l’armée française. Fidèle allié de Paris, le président du Burkina Faso était en poste depuis l’assassinat de Thomas Sankara, en 1987. M. Loada fut brièvement ministre de la fonction publique, du travail et de la sécurité sociale dans le gouvernement de transition (novembre 2014 – novembre 2015).

S’il se dit fier d’avoir contribué à faire tomber un régime corrompu, l’ancien ministre redevenu enseignant admet à demi-mot un échec : « Au moment de l’insurrection, se souvient-il, je ne comprenais pas les dirigeants syndicaux qui faisaient tout pour saboter notre mouvement. Ils disaient : “Il ne s’agit pas de changer pour changer.” Pour nous, c’étaient des discours de sophistes. Mais aujourd’hui je dois reconnaître qu’ils avaient en partie raison. » Trois ans après, le rapport de forces entre les organisations de la société civile (OSC), ainsi que leurs évolutions respectives, illustre les espoirs déçus qu’a engendrés la chute de M. Compaoré. À l’époque, un schisme était apparu entre les organisations « historiques », en raison de leur ancienneté, et celles que l’on surnomme les organisations « champignons », qui émergèrent en 2014.

Monde-diplomatique.fr

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